23 Feb 2026
Du sport et rien d’autre! - Édito Wanda Mastor
Épreuve de sprint de 10 km du biathlon lors des Jeux olympiques d’hiver de Milano Cortina, le 13 février 2026. S’il n’était pas Français, le nom du médaillé d’or nous aurait totalement échappé, tant l’attention médiatique s’est focalisée sur le médaillé de bronze.
Sans doute l’actualité regorge-t-elle d’événements plus dramatiques que celui choisi pour le présent édito. Mais justement. Nous pouvons avoir le droit, noyés que nous sommes – au sens propre comme au figuré, en cette période de crues dévastatrices –, de retrouver espoir et réconfort. Il n’y a sans doute rien de plus banal que d’affirmer que le sport, dont les Jeux Olympiques sont le zénith, a des effets bénéfiques sur le moral collectif. Mais à l’heure où les informations peinent à s’échapper des abîmes de la noirceur, la banalité de la relativisation vaut, elle aussi, de l’or. Comme Quentin Fillon Maillet. Les biathloniens sont un peu aux JO d’hiver ce que les décathloniens sont aux JO d’été : des êtres d’exception. Les médias du monde entier auraient pu insister sur la performance de celui qui, à plus de trente ans, a remporté tant de victoires avec élégance. Mais c’était sans compter sur une déclaration de Sturla Holm Laegreid.
Interrogé sur sa performance, le Norvégien a profité du moment de célébrité sportive pour forcer l’immixtion dans une sphère intime, à travers ce qu’il a qualifié de tentative de « suicide social » pour demander pardon à une femme trompée. Certains médias ont relevé le caractère indécent de l’initiative ; d’autres l’ont angélisée, n’hésitant pas à la qualifier de « romantique ». On ne peut pas exiger des journalistes d’une certaine presse d’avoir lu Jane Austen, mais tout de même… Et bien évidemment, certains ont « retrouvé » la femme trompée.
On s’en fout. Comme de l’An quarante, pour paraphraser Maria Pacôme dans La crise. Y compris des déclarations a priori moins « gênantes » comme deux demandes en mariage le jour de la Saint-Valentin. Et puis on a le droit de ne pas encore avoir digéré celle de Raymond Domenech à une période où les amoureux du foot étaient sidérés par le naufrage sportif dont il était en partie la cause. Quand les sportifs ne parlent pas eux-mêmes de leur vie intime (ici, la référence à un parent décédé, là, au bébé à naître), les médias l’intègrent largement dans leurs commentaires.
C’étaient peut-être même les Jeux de la mondialisation des informations intimes. N’en retenons ici qu’un seul. Lors de la seconde manche du slalom, le skieur Atle Lie McGrath a eu une réaction d’énervement, avant d’aller s’isoler au-delà de la piste. Les médias ont été jusqu’à affirmer que c’était à cause de la mort de son grand-père, avec qui il aimait se promener en forêt, et que s’allonger sous les arbres lui permettait peut-être de communier avec lui… C’est d’autant plus sidérant que l’immense champion norvégien, en conférence de presse, s’est senti obligé de revenir sur la perte de son grand-père pour se justifier. Mais se justifier de quoi ?
Quand on est un sportif de haut niveau, qui plus est le grand favori éliminé précocement, on manifeste sa déception face à quatre années de dur labeur envolées en une descente. Manifester sa douleur sportive, surtout quand elle est digne, ne doit pas interroger : elle est normale. Tout comme les échecs font partie du monde du sport.
Affirmer que le merveilleux et si jeune Ilia Malinin a des « problèmes de santé mentale » – entendu en direct sur une chaîne publique française – pour expliquer ses chutes lors du programme libre du patinage est inacceptable. Les médias ont le pouvoir et le devoir de ne pas sur-privatiser un événement public, entraînant les spectateurs dans leur délire voyeuriste. Si l’extra-sportif peut expliquer des résultats sportifs, il n’en est pas l’unique cause.