09 Jan 2026

La neige en deuil - Édito par Wanda Mastor

La période des fêtes n'en finit pas d'être endeuillée. Station de ski du canton du Valais, Crans-Montana fut le théâtre d'un drame impensable. Chaque Saint-Sylvestre aura désormais le goût de la mort et des brûlures de jeunes gens qui voulaient juste communier dans un élan de fête dont notre nouveau siècle semble vouloir nous priver. Qu'il fut difficile, pendant Noël – si l'on peut encore avoir le « droit » d'utiliser ce mot apparemment devenu sulfureux – d'éviter les discussions qui font grincer les dents du gendre et lever les yeux du cousin au ciel. Bienheureux sont ceux qui ont réussi à éviter le conflit israélo-palestinien jusqu'à l'arrivée de la bûche.

Même Brigitte Bardot, symbole de la légèreté physique et intellectuelle, aura réussi à assombrir les chaumières. Les réseaux sociaux se sont divisés en pro et anti BB, certains ayant opté pour un « centrisme » assez fascinant : un commentaire très négatif au premier plan d'une photo de sa beauté déconcertante. Rendre hommage tout en indiquant que ce n'est pas le cas : les réseaux sociaux aggravent le mal de l'indétermination. Avoir et assumer des convictions, une idée, devient qualité rare.

Même Donald Trump, dont la rhétorique et les actions paraissent relever de l'évidence du rejet, divise encore. Le traitre de la règle de droit – qu'elle soit internationale ou constitutionnelle – ne nous rassemble plus derrière la bannière de la Raison. Et en écrivant, sur un réseau social, que « Le peuple vénézuélien est aujourd'*** débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro et ne peut que s'en réjouir », le chef d'État français a cautionné la politique de la supériorité de la fin sur les moyens. C'est l'inverse qui faisait l'âge d'or de l'État de droit.

Dans ce magma universel au sein duquel les bons vœux friseraient l'indécence, existe peut-être une branche à laquelle s'accrocher. Une branche-symbole qui signifierait que l'humanité parvient à partager une idée, une conviction, tel un horizon dont le franchissement signifierait sa perte. Un symbole pur, capable de fédérer parce que rien ni personne ne pourrait l'obscurcir par des commentaires au mieux déraisonnables, au pire irresponsables.

Ce symbole pourrait être le Groenland. Point de dictature ou de pseudo légitime défense ; aucune justification, encore moins légitimation, ne pourrait venir au secours d'une quelconque action agressive. Donald Trump a manifesté, ni plus ni moins, une volonté d'annexion d'un territoire libre – accessoirement, associé à l'Union européenne –. S'intéresser à son histoire pourrait entraîner l'adhésion de ceux se sentant indifférents au sort de la plus grande île du monde.

Cette terre glacière de Vikings et d'Inuits, associée au nom d'Erik le Rouge, nœud de discorde entre nations scandinaves dénoué par la Cour permanente de justice internationale, a toujours été convoitée par le voisin américain. Les présidents Johnson, Truman, et Trump dès 2019 ont proposé au Danemark l'achat de son île autonome. Le milliardaire ne pouvant s'offrir une terre et son peuple, c'est de manière décomplexée qu'il a évoqué son annexion, l'épouse de l'un de ses conseillers ayant même posté une photo de l'île aux couleurs du drapeau américain accompagnée de la mention « Soon » en lettres capitales.

Il ne tient qu'à l'opinion du monde que cette neige arctique, dont la capitale Nuuk signifie « bon espoir » ne soit pas en deuil : « Tombé du ciel dans une contrée de solitude vierge, il choquait la pensée comme une erreur dans le calcul des siècles ».


Edito à retrouver dans la Semaine Juridique Edition Générale #2