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Le printemps de Budapest - Édito par Patrice Spinosi

By: Patrice Spinosi

Le 12 avril dernier, les électeurs hongrois ont mis fin à quinze années de pouvoir de Viktor Orbán. C'est une heureuse nouvelle pour tous ceux qui sont attachés à la défense de l'État de droit. Elles se font rares ces derniers temps. Laboratoire occidental du pouvoir illibéral, la Hongrie a une fois encore valeur d'exemple. Elle confirme que, même quand ils sont très installés, des dirigeants populistes ne peuvent se maintenir au pouvoir sans la légitimité d'un scrutin populaire. Donald Trump aux États-Unis, Jair Bolsonaro au Brésil, le PiS en Pologne, Viktor Orbán en Hongrie : l'histoire montre que l'alternance reste possible malgré les difficultés et les heurts.

Ainsi, même dans un pays où plus de 80 % des médias sont contrôlés par le parti dirigeant, lequel a redessiné les règles électorales à son avantage et utilisé les ressources de l'État comme outils de propagande, l'élection conserve encore une capacité de renversement. Rendons à César ce qui appartient à César : l'Union européenne et les très lourdes sanctions qu'elle a prononcées ont eu leur rôle à jouer. Même si elle n'a été qu'un des facteurs du revirement démocratique hongrois, la pression économique européenne au nom de l'État de droit conserve une influence déterminante, en particulier en période de crise économique. L'Europe et ses valeurs sortent en tout cas renforcées de cette épreuve.

Péter Magyar, le nouveau Premier ministre, promet un changement de régime radical. Mais à peine investi, il doit faire face à l'ampleur des verrous laissés par son prédécesseur. Quinze années d'illibéralisme ne disparaissent pas en une nuit de victoire électorale. Magistrature, autorités de régulation, médias publics, organes de supervision économique : la plupart des contre-pouvoirs supposés indépendants ont été durablement infiltrés par les alliés de Viktor Orbán. Ces institutions constituent paradoxalement aujourd'*** autant d'obstacles au plein rétablissement de l'État de droit qu'elles sont pourtant censées protéger.

Le phénomène n'est hélas pas nouveau. À l'instar de ce qui se passe en Pologne, en Hongrie, la récente et fragile convalescence démocratique est déjà semée d'embûches. Il faudrait être aveugle pour ne pas y voir un avertissement à nos propres tentations nationales. En France, à l'approche des élections de 2027, les extrêmes se normalisent un peu plus chaque jour. On s'interroge désormais ouvertement : là où tous les autres partis ont échoué, pourquoi ne pas essayer ?

L'exemple hongrois nous rappelle le danger du pari populiste. Une fois dans le fruit, le ver ne disparaît jamais vraiment. Chaque année qu'il exerce le pouvoir, un gouvernement illibéral transforme un peu plus l'État lui-même en fragilisant sa structure et ses institutions. Cinq ans de populisme en France, c'est cinq ans de nominations ciblées et durables au sein de nos institutions, cinq ans de législations sur lesquelles on ne pourra revenir entièrement, cinq ans d'affaiblissement de l'autorité judiciaire et de restrictions de la liberté de la presse.

C'est ce qu'il faut retenir du printemps hongrois. Une fois la voie du populisme empruntée, il n'y a jamais de vrai retour en arrière. Comme un fantôme tenace, il hante encore durablement la démocratie fragile qui lui succède.


Edito à retrouver dans la Semaine Juridique Edition Générale #21


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