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Barbare destinée - Édito par Wanda Mastor

By: Wanda Mastor

Pour les raisons historiques que l’on connaît, la Constitution des États-Unis n’est pas un texte de paix. Son 8e Amendement interdit néanmoins « les châtiments cruels et inhabituels », sphère dont la Cour suprême exclut, pourtant à son zénith progressiste, la peine de mort. Sous la plume du juge Warren, elle estima en 1958 que ledit amendement ne se limitait pas à interdire « une torture, comme la roue, les poucettes, les brodequins, l’écartèlement, et autres supplices du même genre » mais devait être interprété à la lumière de « standards évolutifs de décence ». Preuve de l’attachement culturel des Américains à une vision manichéenne dont la loi du Talion serait le symbole, la Cour proposa néanmoins de « mettre à part » la peine de mort, qui selon elle ne violait pas l’interdiction constitutionnelle de la cruauté. De cette dernière, il en sera ensuite question, non à propos du principe même – inébranlable – de la peine capitale, mais des conditions de son prononcé, de la vulnérabilité du condamné, de la nature de l’infraction et des protocoles d’exécution. La jurisprudence des années 2000 sur ce dernier sujet fut telle que j’ai moi-même alors pu conclure à une tendance abolitionniste de la Cour suprême.

Mais c’était un autre temps, un autre président, une autre tendance idéologique des juges.

Après le moratoire voulu par le président Biden en 2021, le niveau fédéral est revenu se juxtaposer aux 27 États qui maintiennent la peine de mort. Aux antipodes des « standards évolutifs de décence », la barbarie a de nouveau pénétré les arcanes des trois pouvoirs. Donald Trump a donné le ton décomplexant par la signature d’un Executif Order le 20 janvier dernier. « Restaurant la peine de mort » – sous-entendue, fédérale –, le texte repose sur des fondements non équivoques : « Avant, pendant et après la fondation des États-Unis, nos villes, nos États et notre pays ont toujours considéré la peine capitale comme le moyen de dissuasion ultime et la seule punition appropriée pour les crimes les plus ignobles ». Sont ensuite convoqués les arguments populistes chers au président Trump : exemples les plus extrêmes, accusation de détournement de la Constitution par son prédécesseur et les juges, absence de protection des citoyens Américains – à l’exclusion des autres – contre des « actes barbares ».

Au même moment de la résurgence de la peine de mort fédérale, les États pratiquant la peine capitale ont « renouvelé » leurs méthodes d’exécution. Les abolitionnistes avaient réussi à convaincre l’industrie pharmaceutique de ne plus fabriquer du sodium thiopental pour les injections létales. Incapables de s’en procurer, certains États ont dans un premier temps utilisé un autre produit, entraînant l’interminable agonie de plusieurs condamnés. Dans un second temps, ils se sont tournés vers des méthodes alternatives. L’Idaho, le Mississippi, l’Oklahoma, l’Utah et la Caroline du Sud « proposent » désormais la chaise électrique, l’injection létale et la fusillade par peloton d’exécution. En 2025, 45 personnes devraient être exécutées aux États-Unis. La dernière l’a été le 14 novembre. L’homme avait « choisi » le peloton d’exécution. Assis sur une chaise, les mains attachées, une cagoule sur la tête, trois hommes ont fait feu sur une cible dessinée sur son cœur. Peu importe son nom et le motif de l’exécution. Hugo avait montré la voie de l’opinion abolitionniste en anonymisant le récit du Dernier jour d’un condamné. Tout comme il n’y a pas de motifs plus « valables » que d’autres pour infliger la sentence mortelle, il n’y a pas de méthode de mort plus acceptable. Mais l’image du peloton jaillit de notre passé le plus cruel, offrant à l’ancien pays libérateur une bien « barbare destinée ».


Edito à retrouver dans la Semaine Juridique Edition Générale #48


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