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ENM - Édito par Christophe Jamin

By: Christophe Jamin

L’École nationale de la magistrature est de longue date sur la sellette. Peut-être même depuis sa création en 1958. On connaît l’antienne. L’école aurait été investie par nombre de syndicalistes parmi les plus virulents qui malaxeraient les cerveaux encore tendres des futurs magistrats. Plus encore, elle constituerait le berceau d’un insupportable corporatisme qui gangrènerait la magistrature du bas en haut de sa hiérarchie. Trente ans après l’avoir quittée, ses anciens étudiants en seraient encore nostalgiques. Il faudrait donc briser cet entre-soi qui sent un peu trop la gauche ! D’où le projet de réformer l’école pour éviter que d’autres, l’année prochaine à l’Élysée, ne s’emploient à la supprimer. C’est la mission qui a été précisément confiée à un conseiller d’État chargé de remettre à brève échéance un rapport au garde des Sceaux.

Les termes choisis sont exagérés ? À voir l’insistance mise par le ministre sur la nécessité pour les auditeurs de justice d’acquérir une connaissance plus exacte de la réalité des entreprises au sein de l’école, je me dis qu’il n’en est rien : l’économie demeure un marqueur de droite. Mais passons… En attendant de voir le produit des cogitations réformatrices du ministère, je suis prêt à tenter un pari. Sur le contenu de la formation, il est possible qu’on nous serve les banalités d’usage, mais sur les modalités d’admission à l’école, les choses pourraient être différentes. Et pour cette raison que la réforme scellerait un accord tacite entre la droite et la gauche.

Ces dernières semaines, certains répètent à l’envi que la formation dispensée au sein de l’école n’est pas si mauvaise, qu’elle fournit, pour leurs premières affectations, de réelles compétences techniques à des auditeurs qui sont assez peu réceptifs au discours idéologique que des enseignants tentent de leur inculquer, mais que c’est ailleurs que le bât blesse : dans les profils trop peu diversifiés des candidats aux divers concours d’entrée.

Le discours plaît traditionnellement à la gauche qui s’est toujours montrée réservée à l’égard d’une justice qualifiée de bourgeoise. Mais il convient désormais aussi à une droite qui a découvert que les jeunes gens des centres-villes ne penchaient plus de leur côté, surtout lorsqu’ils viennent de Sciences Po. Désormais, le périurbain et la ruralité vont bien à la droite, quitte à y ajouter un peu d’outre-mer.

La gauche pense ainsi qu’en modifiant l’origine des impétrants, la justice sera moins conservatrice, alors que la droite imagine qu’elle le deviendra enfin. Mais peu importent ces espérances antagonistes : les deux se rejoignent sur la nécessité de modifier les conditions d’entrée au sein de l’école. Et peu importe que les jurys d’admission se plaignent année après année de carences intellectuelles diverses, d’un défaut de culture générale de base ou d’une absence d’appétence pour l’actualité dont ces mêmes jurys relèvent qu’elles sont pourtant indispensables à l’exercice des fonctions de magistrats. Peu importe puisqu’en raison du nombre de candidats le concours permet encore de faire le tri, et qu’il revient ensuite à l’école de combler ces lacunes via la formation professionnelle qu’on y dispense.

Et voilà ! La boucle est bouclée et le tour joué. Un marché de dupes que tout cela ? Certains esprits réactionnaires le penseront peut-être en se disant que l’excellence n’est décidément plus ce qu’elle était… Mais n’anticipons pas : le rapport n’a pas encore été rendu.


Edito à retrouver dans la Semaine Juridique Edition Générale #15


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