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L’intérêt du client - Édito par Pascale Robert-Diard

By: Pascale Robert-Diard

J’aurai donc entendu requérir une fois la peine de mort. C’était jeudi 5 mars au tribunal correctionnel de Soissons et il m’a même semblé entendre la voix de la procureure trembler. Ses réquisitions visaient Hitam Dark Midnight, dit Curtis, né le 23 octobre 2017 aux Pays-Bas, entré sur le territoire national muni d’un faux passeport qui dissimulait son appartenance à la race pitbull. Curtis avait deux ans lorsque, le 16 novembre 2019, lors d’une promenade en forêt, il a mordu à mort la compagne de son maître, une jeune femme de 29 ans, enceinte de six mois. Depuis, le chien est détenu dans un centre de Haute-Garonne, où il occupe « un box de 4 mètres carrés avec accès à une courette ensoleillée de 6m2, entièrement grillagée pour éviter une évasion. » Et il est « dangereux » a expliqué la procureure Laureydane Ortuno pour justifier ses réquisitions d’euthanasie. Contre son maître, qui est le premier à avoir découvert le corps en partie déchiqueté de sa compagne, elle a demandé quatre ans d’emprisonnement avec sursis pour homicide involontaire. Le tribunal de Soissons s’est donné jusqu’au 11 juin pour rendre son délibéré. Deux pétitions demandant la grâce de Curtis cumulent aujourd’*** plus de 60 000 signatures. Ainsi va l’époque.

Dès son origine, cette affaire a déchaîné les passions avec tout ce que cela comporte de théorie du complot, d’insultes et de menaces de mort sur les réseaux sociaux. En résumé, Curtis serait victime d’une erreur judiciaire et les vrais coupables – les chiens de la chasse à courre organisée le même jour et les organisateurs de celle-ci – auraient bénéficié des plus hautes protections. La crainte de débordements était telle que le tribunal de Soissons avait été placé sous très haute surveillance policière pendant les trois jours prévus pour cette audience. Oui, trois jours, quand partout les délais d’audiencement explosent.

Ce temps accordé n’a pourtant pas été vain. Alors qu’il était apparu cadenassé dans le déni, le prévenu a fini par convenir que les débats lui avaient apporté « les preuves » que seul son chien avait mortellement mordu la jeune femme. « Mais ces preuves sont au dossier depuis des années », avait alors soupiré l’avocat des chasseurs, partie civile. Qu’un homme traumatisé par la perte de sa compagne bute contre la réalité est hautement compréhensible. Ce qui pose en revanche question est le rôle joué par son avocat dans le maintien de ce déni. En alimentant jusqu’au procès les théories du complot, cet avocat a-t-il respecté sa mission et agi dans l’intérêt de son client ?

Cela n’a rien à voir, quoi que. Dans son livre Et la joie de vivre, Gisèle Pelicot règle sèchement son compte à sa première avocate, une pénaliste du barreau de Pontoise, dont elle a l’élégance de taire le nom. C’est après avoir découvert que celle-ci ouvrait largement sa porte aux médias pendant l’instruction du dossier des viols de Mazan, que Gisèle Pelicot a décidé de couper court à leur relation. On n’aimerait pas être la destinataire des phrases cinglantes qu’elle lui réserve. C’est un paradoxe que nous, journalistes police-justice, connaissons bien : nous raffolons des avocats qui se laissent convaincre de nous donner accès aux dossiers de leurs clients. Mais s’il devait nous arriver d’être à notre tour justiciables, ce n’est pas à ceux-là que nous confierions notre défense.


Edito à retrouver dans la Semaine Juridique Edition Générale #14


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